Coup de cœur
Avec le Sculpteur Conceptuel et Artiste Plasticien Ivoirien Ibrahim Touré, dit Massa-Chula
Massa-Chula, de son vrai nom Ibrahim Touré est un sculpteur conceptuel, plasticien et photographe né en 1997 à Abidjan en Côte d’Ivoire. S’il a d’abord eu un parcours professionnel auprès de plusieurs entreprises ivoiriennes en sa qualité d’ingénieur en marketing et management, c’est vers l’art qu’il s’est tourné au détour de la pandémie du Covid 19. Depuis, il s’inspire des masques traditionnels africains pour imaginer des sculptures aux formes futuristes qui interrogent la conscience collective, l’identité, la mémoire et l’histoire du continent africain. Il est notre Coup de Cœur.

Asakan : Pour commencer notre entretien, voulez-vous vous présenter ?
Massa-Chula : Je suis Ibrahim Touré, connu sous le nom d'artiste Massa-Chula. Je suis un artiste plasticien et sculpteur ivoirien, originaire d'Abobo.
Mon parcours est un peu atypique : ancien ingénieur en Marketing & Management, j'ai troqué la rigueur de l'entreprise pour la liberté de la création. Aujourd'hui, je suis officiellement reconnu par l'État du Sénégal comme « Pèlerin de Gorée », cette distinction porte une mission de « Gardien de la Mémoire ».
À travers mes sculptures et installations, je fais dialoguer les traditions ancestrales africaines avec une vision afro-futuriste, en utilisant le passé comme matière première pour (ré)inventer l'avenir.
Asakan : Quelle définition faites-vous de l’art ? Et comment percevez-vous l’art contemporain ?
Massa-Chula : Pour moi, l'art est la matérialisation du don divin. La matérialité de nos idées et de nos émotions. On ne triche pas dans l’Art. C'est une partie entière de mon être.
L'art contemporain africain, quant à lui, est un champ de bataille pacifique. C'est un espace où nous, créateurs africains, reprenons le pouvoir sur nos récits. Nous ne sommes plus seulement des héritiers que l'on observe ; nous sommes des architectes qui bâtissons notre présent et notre futur.
L'art contemporain actuel se doit d'être engagé, de questionner la mémoire et d'apporter des réponses aux enjeux de nos sociétés.
Asakan : Quand avez-vous su que vous consacreriez votre vie à l’art?
Massa-Chula : Enfant, je passais du temps dans les ateliers de plusieurs artisans de mon quartier Abobo par curiosité et je savais aussi naturellement dessiné un peu. Le déclic professionnel est venu plus tard, lorsque j'ai réalisé que l'art pouvait être un acte de réparation à travers certains artistes plasticiens de la Côte d’Ivoire ; de la sous-région et à l‘international.
Mais j’ai commencé véritablement la pratique artistique dans une période inattendue : entre 2019 et 2020, en pleine pandémie du Covid 19. Car j'avais pris conscience de mon potentiel pendant cette période, avec le soutien indéfectible de mon père (qui n'est plus aujourd'hui). Depuis, petit à petit, j'ai fait mon bout de chemin, guidé par les précieux conseils du Professeur Yacouba Konaté et de Salif Diabagaté, à qui je rends aussi hommage. Sans oublier mes partenaires fidèles, comme Côte d'Ivoire Tourisme.
En 2025, quand j'ai offert deux sculptures monumentales à l'État du Sénégal (l’une installée à Gorée et l’autre au Monument de la Renaissance), j'ai compris que ma vie ne serait plus jamais la même. Car, en plus d’avoir une certaine reconnaissance, j'avais désormais une mission : celle de GARDIEN DE LA MÉMOIRE. Aujourd’hui, je poursuis tranquillement cette mission avec fierté.

Ibrahim Touré, dit Massa-Chula, « Negro Calciné » et « Kunta Kinté », 2023. Sculpture polystyrène, plâtre, assemblage, recyclage, masque réinventé, 180 x 60 cm x 2 Courtesy de l’Artiste (Dons de Massa-Chula à l’Etat du Sénégal (Maison de l’Esclavage de Gorée et Monument de la Renaissance Africaine)
Asakan : En tant qu’artiste, comment vous définiriez-vous ? Comment êtes-vous parvenu à la finalisation de votre empreinte ?
Massa-Chula : Je me définis comme un artiste-conceptuel et un passeur de mémoire. Ma démarche artistique est entièrement guidée par un concept que j'ai développé et qui me tient à cœur : « The New Era Folks » (Les Gens de la Nouvelle Ère). À travers la sculpture, l'assemblage et la réinvention des masques traditionnels, mon travail consiste ainsi à matérialiser des figures, de véritables prophètes des temps modernes capables de provoquer un éveil pacifique.
Car la plus grande blessure subie par l'Afrique n'est pas physique, elle est mentale. Il y a une forme de retard ou de décolonisation mentale qu'il nous faut rattraper.
Ma démarche se situe donc exactement à la croisée de trois chemins : la Mémoire (d'où nous venons), l'Identité (qui nous sommes), et le Futur (ce que nous choisissons de devenir).
Aussi, en travaillant les matières brutes comme le bois, le Paxalu (un bitume chauffé) et le papier, en les brûlant ou en les sculptant, je capture l'idée de la trace, de la cicatrice. Chaque fissure dans mes masques ou dans mon installation John Doe raconte donc une histoire.

Ibrahim Touré, dit Massa Chula, « John Doe 999 », 2026. Sculpture polystyrène, paxalu, collage, assemblage, recyclage, masque réinventé Courtesy de l’Artiste
Asakan : Quelles sont vos inspirations artistiques, vos influences ? Les thèmes et émotions que vous essayez de transcrire dans vos œuvres ?
Massa-Chula : Mes influences sont multiples. Elles vont des artisans sculpteurs de masques de mon enfance en Côte d'Ivoire à la Négritude de Cheick Santa Diop ainsi qu’aux penseurs du panafricanisme. Côté artistique, je peux citer des Artistes comme : Yinka Shonibare MBE, Dominique Zinkpè, Jem’s Kokobi, Salif Diabagaté et bien d’autres.
Mes thèmes de prédilection sont la Mémoire, l'Identité, la Transmission et l'Anti-fragilité (la capacité à se renforcer après un choc).
J'essaie de transcrire des émotions fortes : la résilience, la spiritualité, mais aussi l'espoir d'une Afrique confiante et composant avec la technologie (l'Afro-futurisme).

Ibrahim Touré, dit Massa-Chula, « Termite ». Masque réinventé Courtesy de l’Artiste

Ibrahim Touré, dit Massa-Chula, « Mur des Gardiens de la Mémoire », 2026. Installation murale de 30 masques réinventés, encre naturel, spray et poudre de bois ébène et rouge, 25 x 15 cm x 30 Courtesy de l’Artiste

Ibahim Touré, dit Massa-Chula, « No Words, Just Stop ». Peinture, 150 x 100 cm Courtesy de l’Artiste
Asakan : Quel est le regard porté sur votre travail par le public ? Par le milieu artistique ?
Massa-Chula : Le public est très réceptif. Souvent, les gens me disent que mes œuvres les bouleversent parce qu'elles réveillent une mémoire collective endormie.
Le milieu artistique, lui, me voit peut être comme un ovni : je suis à la fois un sculpteur traditionnel, un entrepreneur culturel (avec ma coopérative Art Africa Creator) et un acteur diplomatique. Les institutions internationales et représentations diplomatiques comme l’UNESCO, les Ambassades de certains pays, Côte d'Ivoire Tourisme s'intéressent à ma démarche car elle touche à l'impact social.
Asakan : Quels conseils aimeriez-vous transmettre à d’autres jeunes désireux de se lancer dans l’art ?
Massa-Chula : Je leur dirais deux choses. D'abord, soyez rigoureux et professionnels. L'art est une passion, mais c'est aussi un métier. Ayez des contrats, des dossiers bien ficelés, et construisez votre réseau.
Ensuite, n'ayez pas peur de vos racines. La tendance mondiale actuelle est à l'authenticité. Le monde n'a pas besoin de copies de l'art occidental, mais de votre vision, de votre histoire, de votre matière. Soyez donc vous-mêmes, osez rêver, osez agir !
Pour plus d’informations sur le travail d’Ibrahim Touré, dit Massa-Chula, rendez-vous sur son site web massachula.com ou vous pouvez vous abonner à ses comptes Instagram @chulaasucessfulling & @artafricacreator.
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