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« Chambre 207 » : entre souvenirs et réparation

A la Galerie Le Manège, Jean-Michel André, artiste photographe lauréat du prix Nadar 2024, présente « Chambre 207 », une exposition qui plonge au cœur d’un drame familial et d’une mémoire fragmentée. Le 05 à août 1983, en effet, alors qu'il est âgé de sept ans, son père est assassiné avec six autres personnes dans un hôtel à Avignon. A quelques pas, dans la chambre 207, l'enfant se trouve au plus près de cette tragédie. Des années plus tard, le photographe revient sur cet épisode qui a marqué sa vie, explorant à travers ses images, les traces d'un épisode dramatique et la possibilité de se reconstruire.

Elvis LALEYE · 26 octobre 2026 · Afrique de l’Ouest
« Chambre 207 » : entre souvenirs et réparation
Vue de l'exposition "Chambre 207" Crédit Photo: Khalifa Hussein

C'est un véritable retour dans le passé qui saisit le visiteur dès les premiers pas dans la salle d’exposition de la Galerie Le Manège de l’Institut Français du Sénégal à Dakar. Un passé triste, chaotique et chargé d’émotions, qui ressurgit à travers une série de tableaux et d’objets. L’ensemble compose un univers bouleversant, où chaque œuvre semble porter les traces d’une mémoire douloureuse. « Chambre 207 », ou l’histoire d’un passé meurtri, donne à voir une enfance figée dans un espace suspendu dans le temps. L’auteur l’affirme lui-même : « La chambre 207 était la chambre des enfants, j’y ai laissé ma mémoire et mon enfance. » Dans ces mots se dessine toute la profondeur de cette exposition : celle d’une mémoire restée prisonnière d’un lieu, d’une enfance interrompue et d’une vie suspendue lors de ce drame il y a quarante-trois ans et dont les tableaux portent encore les stigmates comme pour chasser les démons de cette nuit fatidique.


Un passé bien présent

Dès les premiers regards, les œuvres se dévoilent en noir et blanc, comme pour les inscrire dans une temporalité précise entre mémoire et oubli, entre archives et vestiges du passé. La lumière semble s’être absorbée dans le drame, laissant derrière elle les traces d’une enfance réduite en cendres. Des cendres, que l’on voit notamment sur un fragment de journal brûlé, tel un passé consumé, mais dont les souvenirs continuent de témoigner.

Le long des murs blancs de la salle, les souvenirs se succèdent. Chaque œuvre porte en elle une trace indélébile, un fragment de vie arraché à l’oubli. Mes yeux peuvent parcourir ces murs où les images ne racontent pas seulement un drame, mais tentent aussi de retenir ce qu’il en reste : les souvenirs, l’enfance et les fragments d’une existence marquée à jamais. Parmi ces œuvres en noir et blanc, on distingue le portrait d’un homme vêtu d’une chemise, dont le visage a été effacé et dont la représentation s’arrête au buste. Ce tableau représente l’un des assaillants de cette fameuse nuit. On remarque également des coupures de presse, notamment un article de l’AFP, qui revient sur ce drame.

Mais là où l’exposition « Chambre 207 » est particulièrement frappant, sur l’un des murs, on distingue, exposées des photographies d’objets ayant appartenu au père de l’auteur, tels qu’une montre ou encore un étui à clés. Ces objets personnels confèrent à l’exposition une dimension intime et mémorielle.


Le temps comme principale thérapie

Mais ces souvenirs ne restent pas figés dans le temps. Après ce drame, de nouveaux souvenirs se sont créés, donnant naissance à d’autres œuvres présentées dans l’exposition. Contrairement aux précédentes, réalisées en noir et blanc, celles-ci se distinguent par leurs couleurs plus claires et lumineuses. Le visiteur passe ainsi de l’ombre à la lumière, d’une mémoire marquée par le drame à des souvenirs empreints de joie et de douceur. Une lumière qui semble ravivée par les souvenirs de vacances en famille, notamment ceux passés au Sénégal occupent une place particulière dans cette nouvelle représentation du passé. Paysage, portrait, route, plage, de Saint-Louis à Dakar en passant par le Siné Saloum... Ce sont les images qui se succèdent donnant un aspect nostalgique mais heureux de l’enfance que l’artiste a passé avec son père au Sénégal. Comme le dit si bien l’artiste, elles sont des tentatives de reconstitution « d’une mémoire disparue ».

Ces souvenirs de vacances sont également illustrés par des photographies accrochées aux murs de la salle, sur lesquelles on découvre l’auteur aux côtés de son père, alors qu’il était encore très jeune. Des images qui témoignent de moments de complicité familiale et font revivre des instants précieux du passé. Elles représentent une mémoire préservée, celle d’un temps qui précède le drame.

Dans cette exposition, Jean-Michel André montre à quel point le drame peut marquer une vie. Marquer oui mais pas effacer les traces qu’il laisse. L’auteur partage avec le public ses traumatismes de jeunesse. Entre lui et nous, la séance de thérapie marche. Lui, en patient, il accepte s’ouvre, se livre et incarne la résilience. Nous, comme des psychiatres, on observe, écoute, analyse et apprend.



Hawa Haby Thiam



Exposition « Chambre 207 » de Jean-Michel André jusqu’au 31 octobre 2026 à la Galerie Le Manège, 3 rue Parchappe, Dakar, Sénégal. Plus d’informations : instagram.com/lemanege.ifs

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